jeudi 22 septembre 2016

Saint-Ouen : Rachid Saadi fait boxer la prison de Réau

Ce jeudi Rachid Saadi, 54 ans, fondateur du RM boxing, le club de boxe mythique de Saint-Ouen aura le cœur qui battra un peu plus fort que d’habitude lors d’un gala de boxe Muay-Thaï. 


Les quatorze combats qui s’enchaîneront tout au long de la journée se dérouleront derrière les murs de la prison de Réau (Seine-et-Marne). Sur le ring, les quatorze boxeurs qui s’affronteront sont tous détenus, tout comme les arbitres.



Parmi les pensionnaires du centre pénitentiaire, l’éducateur spécialisé a opté pour la difficulté. « Ce sont des gros profils », précise-t-il. Ils purgent de longues peines dans le quartier maison centrale, « la prison dans la prison ».

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Dans cette aile ultra-sécurisée, sont maintenus les condamnés considérés comme très dangereux : les DPS ou détenus particulièrement signalés. Des braqueurs notoires, une figure de l’ETA, des terroristes et il y a peu, un certain Yvan Colonna. Ce jeudi, l’assassin du préfet Erignac n’enfilera pas les gants de boxe, il a été transféré en 2013 vers un autre établissement.

Canaliser la violence

Rachid Saadi est l’artisan du projet Double Impact, initié il y a trois ans au sein du centre pénitentiaire. « C’est un projet qui a plusieurs facettes ». Côté détenus, « l’idée est de leur d’inculquer les valeurs de respect de l’adversaire et aussi de canaliser leur violence », résume-t-il.

Tous les vendredis, pendant trois ans, Rachid Saadi s’est déplacé au à Réau avec des champions. « Des jeunes du club qui n’ont jamais mis un pied en prison. Avant d’y entrer, ils en plaisantent. Mais après avoir passé une dizaine de portes blindées, les visages se ferment. Au retour, ils ne disent plus un mot. Ils ne pensent plus que la prison est une sorte de Club Med. »

Avant de franchir l’enceinte de Réau, Rachid Saadi avait déjà mené des actions en milieu carcéral, à Saint-Maur (Indre), à Fresnes (Val-de-Marne). Depuis, il intervient aussi à la maison d’arrêt des femmes de Fresnes et à Condé-sur-Sarthe (Orne). « Je suis leur fil conducteur », explique cet homme chaleureux qui a réussi là où beaucoup avaient échoué.

« Avec moi, ils sont comme des enfants »

« Avec moi ils sont comme des enfants. Ils sont demandeurs de discipline. J’ai vu un changement radical dans leur comportement », affirme-t-il. Un « élève » de Rachid Saadi a résumé leur état d’esprit dans un cahier : « A 8 heures on t’attend avec impatience, à 8 h 30 on te déteste et à 10 h 35 on te regrette déjà ».

A l’issue du gala, les détenus boxeurs se verront décerner un diplôme d’Etat de juge arbitre. Pour certains ce sera le tout premier. « Ils sont fiers de cette reconnaissance. C’est super important aux yeux de leur famille », glisse l’éducateur.

Jeudi matin, dès 9 heures retentira le coup de sifflet annonçant le premier combat. « La cloche n’a pas été autorisée car elle peut être assimilée à une arme », glisse l’entraîneur.

Le Parisien

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